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TIFELFEL : UNE TENTATIVE DE DEPOSER LES ARMES

29/10 13h11

BATNA - En ouvrant une prison pour femmes en 1955 à Tifelfel (Batna), les forces coloniales ont tenté, vainement, de contraindre les combattants algériens de déposer les armes et de dissuader leurs compatriotes de rejoindre les maquis de la Révolution, affirment des Moudjahidine de la commune de Ghassira.

L’administration coloniale pensait que le fait de jeter en prison les épouses des "Fellaghas", quelques mois après le déclenchement de Révolution, était le "moyen parfait" de conduire les soldats de l’Armée de libération nationale (ALN) à agiter le "drapeau blanc" dans une région, les Aurès, connue pour son conservatisme et le sens de l’honneur de ses hommes, en se vengeant, au passage, des "rebelles" qui eurent l’outrecuidance de défier la France, estime Lakhdar Felloussi (76 ans), Moudjahid à Ghassira. Cette prison a été ouverte le 10 août 1955 après une intense opération de recherches, assortie d’exactions, destinée à retrouver et à saisir des armes provenant de la seconde guerre mondiale, se souvient le vieil homme qui se rappelle aussi du domicile d’un "indigène" qui servit de lieu où furent regroupés des femmes de Moudjahidine de la région de Ghassira et leurs enfants parfois en bas âge.

Misère et de peur derrière les murs de la prison

"Ah, qu’elle fut triste et si dure à supporter cette journée qui vit l’armée d’occupation nous conduire vers la prison de Tifelfel après avoir mis le feu aux récoltes de blé et à plusieurs dizaines d’habitations", raconte, tout émue, Hadja Dahbia Oubeïdallah (77 ans). Elle avait alors 18 ans et serrait dans ses bras un bébé (une fillette) d’un an à peine. "Mon seul tort était d’être l’épouse d’un homme qui avait choisi le maquis et la lutte pour l’indépendance de son pays", ajoute la septuagénaire qui ne parvient pas à se défaire du souvenir des "horribles" conditions d’internement. "Nous dormions à même le sol et utilisions des pierres en guise d’oreillers et n’avions pour toute nourriture que les quelques miettes que nous envoyaient nos proches sporadiquement", se souvient-elle. A l’évocation de cette prison, les yeux fatigués de M’barka Halmat qui a aujourd’hui 87 ans sont noyés de larmes avant même qu’elle n’ouvre la bouche pour parler. Enceinte, elle n’avait que 27 ans lorsqu’elle fut incarcérée à la prison pour femmes de Tifelfel. "La nuit, c’était la terreur car les soldats français faisaient exprès de nous terrifier et de nous empêcher de dormir. Un cauchemar qui s’éternisait", se rappelle la vieille M’barka avant d’ajouter qu’elles étaient environ 20 femmes internées, certaines de M’chouneche (wilaya de Biskra), d’autres de T’kout et d’autres encore de diverses dechras de Ghassira. Chacune, dit-elle, avait sa propre histoire et les proches de certaines d’entre elles souhaitaient même leur mort car en pays chaoui l’incarcération d’une femme était un déshonneur.

Sept martyrs à la suite d’un tir de mortier contre la prison

Dahbia et M’barka se souviennent toutes deux de la nuit où un tir de mortier avait secoué la prison. Ce fut le 26 septembre 1955. Les prisonnières étaient en train de préparer à manger lorsqu’un soldat de la légion étrangère les surprit en leur criant que cette nuit leur sera la dernière car elles seront égorgées ou abattues. Les deux témoins affirment que c’est à ce moment précis que la prison fut secouée par une explosion qui déchiqueta sept femmes et enfants. En fait, le poste de l’armée d’occupation à Tifelfel était attaqué par les djounoud de l’ALN qui réussirent à occasionner à l’ennemi de sérieuses pertes dont la mort d’un officier du grade de lieutenant. L’odeur de la mort était partout, ajoutent les deux témoins qui notent que Fatima Belayache, épouse d’Ali Bendjidi, ses deux enfants Ahmed et Fatma, Rokia Saïghi, Aïcha Meftah et sa cousine Rokia ainsi que Mahbouba Ouezzani avaient perdu la vie cette nuit-là. "Nous sommes restées une nuit et une journée entières avec les corps déchiquetés", enchainent-elles avant d’ajouter qu’après l’effondrement de la prison à la suite de cette attaque, elles furent transférées vers une autre prison comptant sept pièces, mais dans la même localité. Rencontrées par l’APS sur les ruines de ce que fut la prison de Tifelfel, tout à côté de la RN 31 qui traverse la commune de Ghassira, le regard des deux vieilles dames se noie brusquement dans les limbes de leurs souvenirs. De si durs souvenirs. Après une année d’incarcération, les prisonnières survivantes furent relâchées mais assignées à résidence à Tifelfel, chaque famille ayant été forcée à héberger deux détenues.

Réouverture de la prison, internement de 100 femmes jusqu’à l’indépendance

La prison pour femmes fut rouverte en 1959, non loin de la prison effondrée, assure la Moudjahida Henia Nasraoui (77 ans) qui y fut elle-même emprisonnée jusqu’à l’indépendance avec une centaine de femmes parmi lesquelles des épouses et proches de Moudjahidine de la région de Ghassira. L’incarcération avait alors pris la forme d’une assignation à résidence. Les détenues étaient relâchées chaque jour durant 3 à 4 heures, sans leurs enfants, pour s’approvisionner en nourriture avant de regagner la prison en fin d’après-midi. Elles s’exposaient à des sanctions en cas de retard. Soif, faim et froid étaient le lot des détenues, affirme Henia qui souligne que les soldats français leur criaient souvent : "où sont les fellagahs ? appelez-les, qu’ils sortent, ces cocus, du djebel H’mar Khedou pour vous délivrer !". Selon le moudjahid Omar Benidir, époux de Henia, les Moudjahidine avaient tenté à plusieurs reprises d’attaquer la prison qui était protégée par le poste militaire de Tifelfel et par les maisons des traîtres goumis qui ceinturaient le site. Même si les anciennes prisonnières affirment toutes n’avoir pas été abusées, la "prison des femmes" ainsi que l’appellent les habitants de Tifelfel et de Ghassira, demeure une plaie profonde qui fait encore mal à la population de la région car beaucoup des femmes internées y furent torturées physiquement et moralement. Les femmes sans enfants étaient séparées de celles qui étaient accompagnées de leur progéniture, selon les témoignages. Soixante ans après, il ne reste de la prison pour femmes de Tifelfel que des ruines. Une plaque en métal y a été apposée pour rappeler aux visiteurs : "dans ce lieu, l’occupant français avait établi un centre de torture et s’adonnait à des exécutions sommaires dirigées par l’officier des affaires indigènes, le dénommé Franco, qui torturait avec de l’électricité et de l’eau chaude et tuait par balles. Les cadavres étaient enterrés à Chaâbet Omar. Les générations ne doivent pas oublier". Les Moudjahidine de la région espèrent que ce sinistre lieu soit érigé en musée pour constituer un autre témoignage de l’horreur et de l’extrême inhumanité du colonialisme. Les prisonnières survivantes espèrent, elles, que ce lieu puisse être présenté à l’opinion pour révéler au monde la bassesse du colonialisme français qui avait construit une prison pour les femmes et les enfants dans le but de faire ployer les Moudjahidine. Mais ce fut peine perdue, l’étincelle de Novembre a allumé un feu qui allait finir par consumer les illusions françaises.

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